Fadi Chehade : « La gouvernance d’Internet doit s’inspirer de ce qu’est Internet »

Fadi Chehade, 51 ans, est président de l’Icann, l’organisme qui gère les noms de domaine sur Internet, depuis un an et demi. Il possède les nationalités libanaise, égyptienne et américaine. De passage à Paris pour le lancement de l’extension « .paris », il se prononce pour une évolution des règles de gouvernance d’Internet, en dehors de la tutelle américaine.

Vous étiez à Paris pour le lancement de l’extension « .paris ». Quelles sont vos premières impressions sur ce projet ?

Je suis ravi de voir l’énergie déployée par la ville de Paris. Le processus a été long, désormais nous pouvons voir concrètement les projets aboutir. Et ce n’est que le début d’un nouveau cycle. J’ai toujours vu Paris comme une ville d’innovation mais de voir que le métro parisien, la Tour Eiffel, les entreprises parisiennes se sont appropriées ce « .paris » est une vraie satisfaction. Ce qu’a réalisé la ville de Paris doit être un exemple pour toutes les villes du monde. D’ailleurs, nous avons évoqué la possibilité, avec le maire, d’organiser prochainement une grande réunion à Paris avec toutes les grandes villes pour parler du « .paris » et des opportunités des nouvelles extensions.

Certains ont regretté les tarifs prohibitifs pour ceux qui souhaitaient gérer une nouvelle extension. Quel bilan tirez-vous, jusqu’ici, de ce programme d’ouverture ?

Ce programme était une grande première. Nous passons d’une quinzaine d’extensions internationales (comme le « .com », le « .org », le « .net », ndlr) à 1.400. C’est un grand changement. Bien sûr, le processus n’a pas été parfait mais nous saurons en tirer les leçons. Nous aurions aimé que chacun puisse postuler, notamment dans les pays émergents. Mais cela aurait aussi rallongé les délais. C’était un équilibre à trouver. Nous avons créé des bases de travail qui nous seront utiles à l’avenir. En outre, ces tarifs n’ont pas découragé les candidats : il y en a eu plus de 1.900 alors que nous en attendions 500. Le plus important, c’est que ces nouvelles extensions apportent désormais un nouvel élan, qu’ils donnent une nouvelle impulsion à l’innovation. Et quand je vois les projets que préparent les Parisiens sur le « .paris », je me dis que nous sommes sur la bonne voie. Les nouvelles extensions, ce ne sont pas seulement des noms de domaines, ce sont des services associés. Certains pays ou régions comptent par exemple offrir, à chaque citoyen, son site personnel.

Cette philosophie est-elle aussi celle de l’Icann ? N’est-ce pas une manière pour l’Icann de couvrir à terme d’autres domaines que la simple gestion des noms de domaine ?

Depuis quinze ans, l’Icann est responsable de la gouvernance des noms de domaine, de la partie technique du fonctionnement d’Internet. Elle a parfaitement rempli sa mission : il n’y a jamais eu d’interruption de service. Après, se pose la question de la gouvernance d’Internet au-delà des aspects techniques. De nombreux sujets internationaux n’ont pas d’organe de gouvernance aujourd’hui. On peut parler de la cybercriminalité, du spam, etc. Ce que l’Icann fait au niveau technique, cela doit être fait au-delà. Mais cela ne signifie pas que l’Icann devra gérer ces problèmes. Je pense seulement que l’Icann peut inspirer une extension de la gouvernance d’Internet. Et nous ne cherchons pas à créer une seule institution. La gouvernance d’Internet doit s’inspirer de ce qu’est Internet : quelque chose d’ouvert, de participatif, de distribué, légitime et efficace. Nous commençons aujourd’hui un dialogue mondial pour élargir ces compétences. Ce sera peut-être à travers un réseau d’institutions.

N’êtes-vous pas bloqué par votre dépendance envers les Etats-Unis, qui peut à l’avenir revenir sur votre contrat de la gestion technique d’Internet ?

Notre dépendance envers les Etats-Unis est historique. On doit reconnaître le rôle qu’ont joué les Etats-Unis dans le développement d’Internet. Mais nous sommes à un point où il faut avancer, sans perturber la stabilité d’Internet. Je pense que les Etats-Unis vont transmettre leur rôle d’intendant d’Internet à l’ensemble du monde. Et l’Icann devra évoluer, passer d’une société californienne à une société internationale, peut-être basée à Genève.

Le gouvernement américain donne-t-il l’impression de réellement vouloir passer la main ?

Le conseil d’administration de l’Icann vient à peine de se prononcer pour cette position. Nous avons adopté un plan de globalisation de l’Icann en cinq étapes. Nous avons désormais le feu vert du conseil d’administration pour entamer des discussions avec nos partenaires sur le sujet, notamment le gouvernement américain.

Et comment concilier cette vision avec celle de certains Etats, qui souhaitent contrôler le réseau, au risque de voir apparaître un Internet morcelé ?

Il faut en effet trouver une solution intermédiaire. Il ne faut pas qu’Internet soit contrôlé par un groupe de pays, il ne faut pas non plus un Internet sans cadre. La solution viendra en incluant tous les acteurs aux discussions, ce que nous n’avons pas su faire à Dubai, il y a un an (lors du sommet de l’Union internationale des télécommunications à Dubai en décembre 2012, les Etats-Unis et plusieurs Etats, dont la Russie et la Chine, s’étaient affrontés sur la gouvernance d’Internet sans trouver d’accord, ndlr).

Vous pensez que la situation est différente aujourd’hui ?

Oui, des voix se sont fait entendre récemment pour voir aboutir une autre voie. C’est notamment celle du Brésil ou de l’Union européenne. Dubai a réellement sonné comme une prise de conscience que nous ne pouvions pas continuer comme cela.

Par Nicolas RAULINE
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