Les industriels du luxe gardent les start-up du digital à l’œil

Les industriels français du luxe surveillent les start-up du digital du coin de l'œil, mais ne sont pas effrayés par l'innovation numérique. Selon plusieurs entreprises du secteur, rencontrées par L'Usine Digitale pendant la conférence Hackers on the runway, organisée les 1er et 2 juillet par l'accélérateur de start-up The Family, leur cœur de métier c'est le tissu, la peau, les matériaux nobles. Pas l'électronique.

"Les entreprises du luxe hexagonales ont fait face avec brio à deux révolutions industrielles : le passage au marché de masse et la mondialisation", se félicite Axelle Lemaire, actuelle secrétaire d’État chargée du Numérique. Mais pour parvenir à basculer dans l'univers digital, il va falloir qu'elles évoluent vite, très vite. "Pour s'adapter le plus rapidement possible à un monde en mouvement, les grosses sociétés du secteur doivent travailler avec des start-up. C'est de ces petites structures que vient l'innovation rapide", affirme la ministre déléguée, invitée à l'évènement Hackers on the runway le 1er juillet.

Lacoste, Courrèges, LVMH… Des salariés de nombreux groupes du luxe étaient venus à cette conférence, organisée par l'accélérateur de start-up parisien The Family, pour rencontrer des jeunes entrepreneurs venus secouer leur secteur avec des idées neuves. Preuve que les industriels tricolores surveillent du coin de l'œil les start-up du digital.

Pas de bouleversement en profondeur

"Le numérique permet aux entreprises de fournir un niveau de service plus élevé à la clientèle, pour un prix qui reste le même. Les clients ont des attentes plus importantes. Cela nous conduit à nous poser des questions sur notre activité : nous nous demandons comment fournir un service meilleur, pour que les amateurs de luxe continuent à fréquenter nos étals", explique un cadre d'un groupe du secteur qui n'a pas souhaité être cité. Mais de là à penser que le digital viendra bouleverser en profondeur le monde de la haute couture et du luxe en général, il y a un très grand pas, que les industriels ne sont pas encore prêts à franchir.

Jacques Bungert a racheté en 2011 Courrèges, entreprise de haute couture française (qui a notament popularisé la minijupe) restée en sommeil pendant près de 10 ans. Lui et son partenaire Frédéric Torloting ont su utiliser le numérique à bon escient pour faire redécoller la marque. "Notre site internet nous a permis de reprendre contact avec nos anciennes clientes, de leur faire savoir que nous éditions à nouveau nos modèles classiques et que nous allions créer de nouveaux vêtements. Il nous a aussi permis de nous faire connaitre auprès d'un nouveau public, plus jeune."

Entre les mains des couturières

Mais avant de reconstruire une clientèle, il a fallu réactiver l'appareil productif de l'entreprise. "La première chose à laquelle nous nous sommes attelés, c'est la remise en état de notre usine à Pau, qui emploie aujourd'hui 70 personnes. Fabriquer des robes c'est avant tout une affaire de tissus. Le cœur de ce métier est entre les mains des couturières, il n'est pas numérique", affirme le PDG de Courrèges.

Un point de vue partagé par d'autres firmes du secteur, qui utilisent tout de même le digital pour produire mieux. L'une d'elle explique : "Nous avons mis en place un réseau social des 'metteurs au point'". Ces salariés décident, en fonction du modèle du sac, de l'ordre dans lequel il va être fabriqué : le fond d'abord, la doublure et les anses ensuite, ou l'inverse... "Lorsqu'ils font face à un problème sur un modèle, ils en parlent sur le réseau social et trouvent ensemble des solutions. C'est très efficace".

Les groupes s'intéressent tout de même à l'innovation technique. Nouvelles matières intelligentes, objets connectés… Une petite équipe (qui compterait deux personnes) veille sur ces thématiques "à la mode", chez Louis Vuitton. Mais la maison reste en retrait et ne veut pas se lancer trop vite dans une production trop éloignée de son cœur d'activité qui reste le tissu, pas l'électronique.

Lélia de Matharel
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